Des nouvelles de Bangui

Jeudi 17 octobre 2014 : je me prépare à me rendre au centre nutritionnel et range mes affaires en attendant le chauffeur. Le téléphone sonne ; le docteur Félicienne Omabo m’appelle pour me prévenir de la présence d’anti-balaka autour du centre et me demande d’annuler ma venue. En effet, actuellement la population subit la domination de groupes armés de deux clans, anti-balaka et seleka (chrétiens et musulmans) ; le dialogue est avancé et tout le monde essaye de reconstruire le pays mais hélas il reste les extrémistes censés représenter les deux groupes, armés jusqu’aux dents, faisant régner la terreur dans certains quartiers de la ville. Les deux sites de NSB, le centre nutritionnel et la COOPAQ qui produit notre spiruline restent des quartiers chauds malgré les passages des militaires de la Minusca, des Nations Unies et de l’Union Européenne, parfois efficaces mais trop rares.

Le lendemain, le chef de sécurité de l’ambassade de France affirme que je peux me rendre au centre. Nous voilà partis à travers des pistes gorgées d’eau, difficiles d’accès car creusées par le passage des lourds engins militaires. L’arrivée reste pour moi un grand moment ; nos trois centrafricaines, Félicienne, notre médecin, Josette, l’infirmière et Mireille qui nourrit nos petits malnutris depuis 15 années (le centre nutritionnel du 7ème arrondissement date de 2001), sont à pied d’œuvre et tout fonctionne comme si le calme habitait le quartier. Trente mamans boivent les paroles du médecin lors de son cours d’éducation sanitaire ; Mireille prépare les assiettes de spiruline-poisson et Josette s’occupe des médicaments prescrits par Félicienne. Prévenus de mon arrivée, les deux gardiens viennent me saluer ; ils se relaient pour garder le bâtiment 24 heures sur 24 et je constate qu’ils ont été extrêmement efficaces jusque-là puisque tout est intact alors qu’autour l’état des maisons du quartier témoigne des violences subies par la population. Je suis ébahi par le courage de ces trois femmes qui viennent travailler tous les jours en bravant tous les dangers.

Le lendemain, nous allons à Ndrès pour faire le même constat. Le président de la COOPAQ, Jérôme Denis, que nous connaissons depuis 1995, nous accueille avec quelques membres de la coopérative. La production de spiruline n’a pas cessé ; durant un mois, les agriculteurs ont dû se replier avec leurs enfants dans la forêt pour éviter un massacre. Une femme me raconte qu’ils avaient emmené avec eux plusieurs kilos de spiruline qui les ont aidés à survivre.

Comme vous pouvez le constater  NSB  joue son rôle et étonne les instances en place (UNICEF, PAM, ambassade de France, entre autres). Grace à vos dons nous pouvons payer les salaires de nos employés, améliorer les contraintes logistiques et acheter les médicaments homéopathiques. L’UNICEF nous fournit gratuitement les médicaments essentiels de l’OMS.

Merci à vous tous ; Jacques Delpech et moi-même pouvons attester que votre soutien est capital pour ce travail de fourmi, qui ne demande qu’à s’étendre afin d’augmenter la guérison d’un plus grand nombre d’enfants malnutris.

Merci à vous !

 

Docteur Jean DUPIRE